Tags

, , ,

AD61cu82

Barbie  (바비)

Original: Dushbadou
Traduction: Whoovy

Synopsis: Sun Yeong et Sun Ja sont deux sœurs qui vivent dans des conditions précaires avec leur père atteint d’une maladie mentale.
Alors que Sun Yeong, la cadette, s’occupe du mieux qu’elle peut de sa famille, récupérant de l’argent en fabriquant des accessoires pour portable et en travaillant pour son oncle afin améliorer leur quotidien, Sun Ja, sa petite sœur, ne vit que pour le rêve américain. Elle aspire à devenir comme sa poupée Barbie, apprendre l’anglais et vivre aux États-Unis pour avoir une vie meilleure.
De son côté, leur oncle Mang Taek travaille avec un américain, Steve, et sa fille, Barbie, venus en Corée du Sud pour adopter une petite fille. Mang Taek leur propose de prendre Sun Yeong, sa nièce.
[Nb: Cette histoire est inspirée d’un fait réel]

Informations :
Pays: Corée du Sud
Genre: Drame, famille
Diffusion: 2012
Réalisateur: Lee Sang Woo
Durée: 1h37
Interprétation: Kim Sae Ron, Kim Ah Ron, Lee Chun Hee…

/!\ Ne lisez pas les spoilers si vous voulez regarder ce film! Vous risquez de ruiner tout l’effet de surprise et donc de ne pas apprécier le film à sa juste valeur /!\

version anglaise


Ce film appartient au même genre que Silenced et Pluto (films sur lesquels nous avons déjà écrit). C’est un long métrage, intelligent, basé sur des faits réels. Il délivre un message spécifique. Le réalisateur -Lee Sang Woo- est réputé en Corée pour ses sujets polémiques. Il n’est donc pas surprenant de le voir au commande de ce film bouleversant. Bouleversant mais pas désagréable. Bien sûr on éprouve de la tristesse et un certain malaise quand on le visionne (à moins que vous ne soyez un robot ^^) mais on n’est pas confronté à des plans pénibles comme dans Silenced. On ne retrouve pas, non plus, l’atmosphère très noire de Pluto. Ce film “respire”. C’est tout du moins comme ça que je l’ai ressenti.
Barbie est intéressant à plusieurs niveaux. Parlons d’abord du sujet principal. On pourrait penser, dans un premier temps, qu’il s’agit d’une critique du système d’adoption car nous voyons l’oncle prendre avantage de la maladie mental de son frère pour vendre ses nièces au plus offrant (le mot “vendre” est réellement utilisé dans le film). Mais Lee Sang Woo affirme dans une interview qu’il a utilisé ce thème comme “excuse”, son but étant de montrer avant tout “la difficulté qu’à l’homme à trouver la bonne réponse à des questions telles que: quel est le bon comportement à adopter dans la vie? et comment prendre la bonne décision quand on est confronté à des problèmes moraux?” (source en anglais). Ces questions nous conduisent automatiquement aux personnages. Chacun d’entre eux incarnent ces dernières d’une manière différente.

fullsizephoto235675-tile

Soon Ja considère l’Amérique comme une terre de rêve, tout comme de nombreux Coréens le pensaient à la fin de la guerre. Lee Sang Woo a écrit ce personnage en se basant sur sa propre expérience. Tout comme elle, il pensait que l’Amérique était la seule solution pour échapper à sa situation et tout comme elle il a prononcé ces mots: “I love America, I want America” (J’aime l’Amérique, je veux l’Amérique). Elle est aveuglée par le rêve Américain. Elle devient jalouse de sa sœur car cette dernière a été choisi par des Américains pour être adoptée. Elle use, alors, de tout les moyens pour renverser ce choix. Elle ment, manipule et devient violente (verbalement et physiquement). La scène qui m’a le plus choqué est celle où elle fait boire à Steve un verre de vin afin de gagner ses faveurs (elle ne lui donne pas, elle le lui apporte carrément à ses lèvres!). Elle est empoisonnée par la culture américaine. Son modèle n’est autre que Barbie. Elle veut à tout prix lui ressembler. Pour cela elle n’hésite pas à s’affamer, à se maquiller et à gaspiller de l’argent dans des robes. C’est le personnage le plus intéressant et le plus fort du film selon moi.

"She looks so fake that I hate her" (Barbie)

“She looks so fake that I hate her” (Barbie)

Soon Young porte la culotte dans la famille. Pour subvenir au besoin de cette dernière, elle vend quelques bibelots par ci par là. Sa vie est dure mais elle refuse quand même d’aller en Amérique. Son rêve est différent de celui de sa petite sœur. Elle veut juste vivre avec sa famille. Elle est “heureuse” avec sa vie actuelle et ne demande pas plus. Elle est d’ailleurs plus heureuse que Steve et Barbie, alors que ces derniers sont censés représenter le rêve américain. Soon Young et Soon Ja sont toutes deux aimées de leur père handicapé tandis que Steve et Barbie ne cessent de se disputer.

Lee Man Taek est égoïste, cupide, odieux, violent, opportuniste, colérique…la liste est encore longue mais je crois que vous voyez où je veux en venir. Il est obsédé par l’argent. Il ne pense qu’à ça et c’est d’ailleurs pourquoi il accepte de vendre une de ses nièces à Steve, l’Américain, alors même qu’il se doute des motifs de ce dernier (>>>SPOILER son but est d’adopté une petite coréenne en bonne santé afin de transplanté à sa fille malade un nouveau cœur – SPOILER<<< ). Sa cupidité n’a aucune limite. La première chose qu’il fait lorsqu’il reçoit l’argent est d’acheter une voiture. Et quand il achète un téléphone à Soon Ja en guise d’adieu, il ne peut s’empêcher de faire la grimace quand cette dernière lui en demande deux au lieu d’un. Son comportement nous pousse à penser qu’il n’a aucune morale. Mais on finit par se rendre compte qu’il en a une. On le voit hésiter, faiblir. Il refuse de voir la vérité en face mais cela ne veut pas dire, pour autant, qu’il n’en est pas tourmenté. Il fuit ses responsabilités en se trouvant une excuse: “Je l’ai fait pour toi, bâtard” (Lee Man Taek à son frère handicapé). Il essaye de se racheter en achetant à Soon Ja le téléphone qu’elle souhaitait avoir et fait l’innocent face aux faits (>>>SPOILER- “Je n’y connais rien en médecine. Si tu prends son cœur, est ce qu’elle meurt?” J’étais choquée quand il a demandé ça. Pas besoin d’être médecin pour savoir la réponse! o_o – SPOILER<<<). Difficile donc d’aimer ce personnage même si d’un autre côté il était très intéressant.

Steve et Barbie représentent l’Amérique aussi bien par leurs noms que par leurs comportements. Steve, pour plusieurs raisons, ne veut en aucun cas se rapprocher de la famille de Soon Young. Malgré ses raisons, que l’on comprend à la fin du film, on ne peut s’empêcher de ressentir une certaine supériorité de sa part. L’Amérique est le centre du monde et ça il nous le fait bien sentir à travers son comportement (ex: “Mais le père de Soon Young est handicapé. Il n’est pas qualifié pour être père. Les personnes handicapés ne devraient pas avoir d’enfants. Ils ne font que répandre la misère” *tousse* Pardon? C’est quoi ces conneries, sérieux?!). Ils incarnent le rêve américain (tout le monde peut devenir riche avec un peu de détermination, de travail etc en Amérique). Le contraste entre les deux familles est admirablement bien souligné par la réalisation soignée de Lee Sang Woo.

vide-2-tile-tile

Le truc c’est qu’ils ne sont pas forcément plus heureux même en ayant atteint le rêve américain. Ils ont autant de problèmes que n’importe quel autre famille. Les apparences sont parfois trompeuses.

Tout les plans sont filmés de manière à laisser libre court à toutes interprétations. J’aime quand un film nous parle autrement qu’à travers les personnages et dialogues, quand chaque plans possèdent une certaine signification ou des indices sur la suite de l’histoire. C’est le cas de Barbie. Ce long métrage est riche en analyse aussi bien au niveau des personnages qu’au niveau réalisation. Rien ne pouvait arrêter mon cerveau. J’étais sans cesse en train de réfléchir à tel ou tel événements, à telle significations pouvant m’aider à comprendre le comportement de certains personnages. Les agissements de Steve m’ont mis la puce à l’oreille. J’étais persuadée que quelque chose n’allait pas avec cette adoption. Et j’avais pas tord pour une fois. Petit à petit des indices nous sont donnés. J’ai fini par comprendre ce qu’il se passait réellement avant même qu’il nous dévoile le pot aux roses. Au départ je ne voulais pas y croire tellement c’était horrible mais mes conclusions étaient malheureusement bien fondées. J’ai eu l’impression de recevoir une gifle quand la vérité fut dévoilée. Le comportement de chaque personnage s’intensifie. Il devient alors “difficile” de regarder ces petites filles ignorant tout de la situation, ce père qui connaît la vérité mais qui est impuissant à la formuler, cet oncle qui choisit de tout ignorer afin de se donner bonne conscience, cet Américain (Steve) qui reste froid en toute circonstance et cette petite fille américaine (Barbie) sujette à une agitation interne. Que feriez vous dans ce genre de situation? La réponse semble évidente mais peut être qu’elle le serait moins si nous étions réellement à leur place. Finalement, la seule chose que je reproche à ce film est de ne pas voir réussi à me faire pleurer.

photo258432-tile

La performance des acteurs est juste magnifique. Chapeau! Kim Sae Ron ne m’étais pas inconnu l’ayant déjà vu par exemple dans Can You Hear my Heart. Par contre c’était bien la première fois que je voyais sa sœur, Kim Ah Ron. Et je dois dire qu’elle m’a coupé le souffle cette petite. Son visage et l’expression de ses yeux sont percutant! Je suis sûre d’une chose: c’est deux là n’auront aucune peine à se faire une place dans le monde du cinéma. Lee Chun Hee est parfait dans son rôle de bâtard sans morale et l’acteur qui joue le père handicapé l’est de même. Les acteurs américains interprétant Barbie et Steve ne sont pas du même niveau que leurs collègues coréens mais ils restent cependant convaincant contrairement à ceux jouant dans les dramas.


Note de Dushbadou: 9/10
Note de Whoovy: 8/10
Note finale: 8,5/10


Advertisements